Décoration du frère Bartolone : «Valeurs actuelles» caresse les «antisystème» dans le sens du poil

Dans son dernier numéro, Valeurs actuelles – l’hebdo qui fait sa pub sur le site Fdesouche – se pose en contempteur des pourris du système. Il s’est penché avec gourmandise sur la remise par Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, de la médaille de l’Ordre du mérite à son frère, le restaurateur Renato Bartolone. Une récompense en famille qui a suscité une petite polémique, et de nombreux articles de presse. Mais le magazine d’extrême droite a sa manière, bien à lui, de présenter l’affaire. Le court article, titré «Qui a payé pour Bartolone ?», se conclut ainsi : «Même si la cérémonie n’est pas illégale, elle dérange. « Qui va payer pour cette petite fête familiale ? » questionne, faussement naïf, un parlementaire socialiste. A cette question, ni le cabinet de Claude Bartolone ni l’Assemblée nationale n’ont souhaité répondre.»

Aguicheur

Qui a payé, donc ? Eh bien l’hebdomadaire ne le dit pas, mais apprécions l’emploi du «faussement naïf», suggérant que c’est bien le contribuable qui a payé. Le seul souci, c’est que si Valeurs actuelles n’a pas eu la réponse à la question du financement de cette petite sauterie, tous les autres journaux qui se sont naturellement penchés sur la question l’ont eue. Ainsi, Libération a demandé à l’entourage de Bartolone, lequel a précisé que c’est le frère du dirigeant socialiste qui avait honoré la facture. Ce qu’affirme aussi le Parisien, mais aussi les Inrocks citant France TV info à qui l’entourage de Claude Bartolone a assuré que «toutes ces cérémonies obéissent à des règles identiques» et que «les frais engagés sont à la charge du récipiendaire».

Il faut donc croire que les limiers de Valeurs actuelles ont été privés par l’entourage de Bartolone de la réponse faite à tous les autres journalistes, mais aussi qu’ils n’ont pas lu les articles consacrés au sujet. A moins qu’ils n’aient préféré suggérer (plus vendeur ?) délibérément que la sauterie familiale des Bartolone a été financée par le denier du contribuable. Preuve que pour justifier son aguicheur slogan («Tous les jours, ce qu’il faut savoir, ce qu’on vous cache»),Valeurs actuelles est même capable de créer des mystères là où il n’y en a pas.  

Cédric Mathiot